Vaschalde

Roland

 

VASCHALDE

Les bateaux

Les maisons

Paysage de Camargue

 
 
 
     
 

Les bateaux

 

Ainsi, vous ne savez pas où s’en vont les bateaux qui lèvent l’ancre chaque soir et prennent le large, loin de notre ville, remplis d’hommes et de femmes, d’enfants parfois mais surtout de vieillards ? Et vous ne vous êtes jamais interrogés sur l’étrange déchirure que produit en nous le mugissement de la corne de brume qu’ils lancent dans le ciel nocturne en doublant la dernière balise ?

 

Après tout, cela vaut peut-être mieux…Vous le saurez bien assez tôt, allez !

 

 

Les maisons

 

Toutes les maisons – mais certaines plus particulièrement – nous tendent un piège aussi dangereux que pernicieux : elles finissent par nous persuader que nous possédons vraiment un morceau d’univers, que cet espace est notre propriété tout comme les objets qui l’encombrent plus ou moins. Pire encore, nous nous persuadons bientôt qu’hors de ce lieu il n’y a point de foyer possible, que sans lui nous ne serions pas ce que nous sommes et que le perdre équivaudrait à se perdre soi-même.

 

Étendez ça à une région entière et vous verrez naître la funeste croyance qu’il existe des terres plus sacrées que d’autres, qui valent bien que l’on meure et fasse mourir pour elles sans scrupule excessif.


Oh, certes, il existe bien des endroits qui méritent de faire l’objet d’un respect et d’un amour inconditionnels, mais ils ne font pas partie du monde : ce sont tous ceux où je me tiens et où se tient aussi l’autre qui me fait face. Ils se trouvent alors sanctifiés par nous et non l’inverse !

 

 

Paysage de Camargue

 

Dans la plaine vaste et nue, les arbres, en marche. À grands pas immobiles ils vont en longue procession, suivant le cours tranquille du canal, tarabustés sans répit par un vent belliqueux. Les roseaux les saluent au passage, l’échine courbée en mille prosternations, les plumes de leur chef éployées jusqu’à terre en folles révérences.

 

Au loin, l’un peine à suivre la file pèlerine. Ses gestes tourmentés semblent jeter au ciel la plainte inconsolée de qui avance seul.

 

L’eau va si lentement qu’on la penserait morte. C’est peut-être au dessein de ne pas trop froisser l’image renversée que lui confient les arbres.

 

     

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