le site

 

littératures brèves

 

devient le site du

 

Récit-page

 

 

 

Le concept

 

En ligne depuis 2013, le site Littératures brèves, dont le nom indique la vocation, ne contenait pas de précision de brièveté ; mais il est apparu au fur et à mesure, que nos choix se portaient plus volontiers sur des textes qui en quelques lignes, sans tourner la page, allumaient une fulgurance et faisaient entendre des résonances différentes de celles qui se diffusent dans la nouvelle. Sans goût particulier pour les échos souvent brisés de de l'écriture ultra minimale à laquelle la ligne suffit et entre les deux, s'est détachée la notion intermédiaire de récit-page, dont le site Littératures brèves a introduit le terme et le concept, et qu'il désignait finalement comme son objectif.

 

Voici donc ce qui justifie la migration d'un site vers un autre. Avec un nom de domaine propre, le récit-page se donne désormais une province dans le plus vaste territoire du bref.

 

Choix des textes

et composition du site

 

La plupart de textes figurant sur ce site précèdent la notion de récit-page, mais l'illustrent. Parmi ces textes où l'on peut reconnaitre le récit-page, on distinguera :

  • ceux des auteurs qui ont fait du très bref leur projet et une pratique à part entière (parmi les classiques naturellement Fénéon, Ponge, parmi les contemporains Jauffert, Chevllard, Sternberg ... et à l'étranger Shua, Valenzuela ...).

  • ceux qui relèvent d'une pratique occasionnelle du bref (parmi les classiques Kafka, parmi les contemporains Borges).

  • ceux qui résultent de détournements : le récit-page peut se trouver à l'intérieur du récit-long, d'où il peut être extrait en autonomie ; certaines poésies en prose peuvent être interprétées comme des récits-page, ainsi que dans beaucoup de cas, la poésie traduite.

  • et enfin, ce site est constitué essentiellement de contributions, certaines demandées aux auteurs et d'autres spontanées qui nous arrivent au titre de récit bref, mais aussi, déjà, au titre de récit-page.

 

 

Moins soucieux de séquence que de fulgurance, le récit-page a pour vocation de faire entendre des résonances différentes de celles de l'écrit long et de la nouvelle.

Il tient, comme son nom l'indique, et si l'on veut, de l'écriture à contrainte, ce paradoxe littéraire qui, en posant une limite, ne clôture pas le champ du langage, mais lui ouvre au contraire des espaces de signification qui invitent à l'exploration, c'est-à-dire à  la créativité.

 La page, étendue qu'on l'interprétera en souplesse, agit ainsi comme la toile qui permet au tableau d'exister et à l'image accomplie de le transcender.  

Devant composer avec l'absence de trame et d'intrigue, voire même d'anecdote, il tire ses ressources du langage lui-même et de ses jeux de signification qui combinent le suggéré, le suggestif, l'évocateur, mais aussi le détournement, l'inversion, le paradoxal, sans se confondre toutefois avec les curiosités logiques ni avec les performances purement verbales :
l'ingénieux ne suffit pas au littéraire.

Il n'est pas davantage porteur de savoir ou d'enseignement, car il ne se veut ni vrai, ni sage, ni philosophe. Pas plus que la vérité, le témoignage n'est pas sa vocation.

Peu importe en réalité le registre, mais s'il se fait poétique, il n'aime pas l'emphatique ou le déclamatoire ; s'il sourit, il rejette le comique et s'il se fait grave, il ne se fait pas pathétique. Flottant souvent sur des réalités incertaines, ouvert à la fantaisie, il n'est pas pour autant une province du fantastique.

Ni résumé ni raccourci, rien en lui ne demande expansion ou développement ; car, lorsqu'il est accompli, il exhibe la rondeur d'un petit monde bien achevé, gravitant autour d'une esthétique littéraire propre qui ne tolère aucune économie en matière de qualité et d'effort d'écriture.

 

Une littérature

de la modernité ?

 La tendance est à rapprocher l'essor du bref littéraire de la nécessité de vitesse, voire d'urgence propre à la modernité. On le rapproche aussi des technologies de la rapidité de la communication autrement dit du numérique et de la dématérialisation de l'écrit.

Le fait que le bref précède le numérique et le fait qu'il est le plus souvent présenté en recueils ou en blogs, affaiblissent l'explication qui voudrait associer littérature brève, modernité et économie de temps.

Mais c'est surtout du point de vue de l'auteur qu'un tel rapprochement trébuche, dans la mesure où écrire, signifie, dans le sens littéraire du terme, ciseler une expression, patiemment, souvent longuement. Les fausses notes étant probablement plus audibles dans le bref, le travail de polissage pourrait s'avérer même plus important qu'ailleurs.

Le sentiment que nous affirmons ici, est qu'une esthétique littéraire brève ne peut naître d'aucun empressement ni dans le sillage des nouvelles formes appauvries de l'écriture télégraphique, mais d'une réelle maîtrise de la langue associée à des dispositions littéraires. Et sur cet ensemble, l'éditeur, numérique ou pas, exerce un travail non pas de support mais de veille.

 

 

     
     
 
     
 

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