Le récit dans le récit

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Il s'agit ici de l'exercice consistant à repérer dans l'écrit "long" des passages qui, détachés de la totalité, peuvent parler en autonomie avec les accents du récit-page.

Amélie

NOTHOMB

 
 

Proposé par Salwa Taktak, Université de Sfax-Tunisie

 
 
 

L’ennemi

 

Sans ennemi, l’être humain est une pauvre chose. Sa vie est une épreuve, un accablement de néant et d’ennui.

L’ennemi, c’est le Messie.

Sa simple existence suffit à dynamiser l’être humain.

Grâce à l’ennemi, ce sinistre accident qu’est la vie devient une épopée.

Ainsi, le Christ avait raison de dire : « Aimez vos ennemis. »

Mais il en tirait des corollaires aberrants : il fallait se réconcilier avec son ennemi, tendre la joue gauche, etc.

C’est malin ! Si on se réconcilie avec son ennemi, il cesse d’être son ennemi.

Et s’il n’y a plus d’ennemi, il faut s’en trouver un autre : tout est à recommencer.

Comme quoi ça n’avance à rien.

Donc, il faut aimer son ennemi et ne pas le lui dire.

Il ne faut en aucun cas envisager une réconciliation.

L’armistice est un luxe que l’être humain ne peut pas se permettre.

La preuve, c’est que les périodes de paix aboutissent toujours à de nouvelles guerres.

Tandis que les guerres se soldent généralement par des périodes de paix.

Comme quoi la paix est nuisible à l’homme, alors que la guerre lui est bénéfique.

Il faut donc accepter les quelques nuisances de la guerre avec philosophie.

 

 

Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux,

Paris, Albin Michel, 1993, p.14-15.

Titre de l'extrait de l'éditeur

 
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