• Imprimer

 

Dominique

RENAUDIN

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 
 
 

 

Mirage

 

Du sein des dunes une émanation de voyageurs semblait sortir d’une lampe d’Aladin, ceinte d’un ruban vaporeux, bleu ciel à peine rougi.

Le soleil m’éclaboussait et le fente de mes yeux m’autorisait à deviner le duvet de leur déambulation qui les revêtait d’un halo si tenu.

Ils approchaient pourtant, encouragés par le mouvement de la brume chaude de l’été, à l’image d’une écharpe soyeuse libérée à la caresse du vent.

L’image joyeuse et dansante se mêlait aux mouvements bruns et dorés du relief immédiat, lequel, tour à tour, les engloutissait, les confondait où les exposait. De temps à autre le ballet s’éclairait seulement d’un éclat fugace.

Je souriais, ils me faisaient signe, peut-être ? Je poussais alors mes yeux et tendais l’oreille pour deviner l’accent de leurs conversations et m’offrir à leurs messages.

J’aimais leur réserve et attendais avec ferveur le reflet suivant.

Je m’accrochais à eux comme l’ancre s’accroche aux flots sans fond et l’écume poussiéreuse de ma rêverie dérivait sur l’étendue chaude et brune ponctuée avec retenue de bouquets d’herbe à chameaux.

Allions-nous ensemble rejoindre la princesse Badroulboudour ? M’invitaient-ils pour me glisser entre leurs mystères et secrets ?

 Alors il me fallait me préparer à ce voyage et offrir aux hôtes de mon horizon l’accueil d’un prince, en nu-pieds.

 Avec une douleur d’espérance et de plaisirs promis, j’abandonnai l’écharpe de notre lien pour rassembler sous ma tente les mets les plus délicats et naturels. Une coupe de fruits colorés, chatoyants, bavards. Une cucurbitacée joufflue et repue. Un bouquet de patates douces et de salaks audacieux. Un courant d’épices généreuses aux doigts brûlants.

Une coupe du lait fumant servi par mes brebis.

Le banquet était prêt et je me hâtais de rejoindre notre ruban.

Mais un 4x4 intrépide balaya d’un trait de sable mes amis qui disparurent à jamais.

 

 

Porte ouverte

 

Assis confortablement sur le siège impérieux, je me délecte du paysage offert par la vieille porte lasurée ouverte sur une cruche répandue en sol feuillu.

Mon abri, d’un toit tuilé juché sur les demi-rondins à peine ajourés, permet à quelques lierres aventureux de se soustraire à mon regard distrait.

À droite de ma posture, le silex du mur prête son espace à quelques araignées acrobates dont les sacs en toile ploient sous la poussière désertée par les insectes prudents.

L’outillage jardinier trouve en ce lieu le repos, voire l’oubli du besogneux.

Le silence et la paix rustique de mon observatoire, n’ont d’égal que la longue dérive de la prairie jaunie bordée de timides vagues branchues, dont un vent malicieux se plaît à entretenir la conversation.

Ni la porte, ni les fleurs éparses n’osent grincer et troubler ma délectation.

L’arrosoir de la rocaille, savamment sauvagée par la maîtresse aux doigts de pétales, excite la gourmandise des privilégiés dont le rafraîchissement effleure ma rêverie.

Devoir accompli, il est temps maintenant de se rhabiller et d’abandonner le refuge à sa destinée, soulagé qu’un léger épandage de sciure se substitue à une turbulente chasse d’eau.

 

La tête qui roule à terre

 

Il lisait et le livre s’endormit.

Sa tête, vexée et dévissée, roula à terre,

échevelée et à peine confuse

rebondit de jambes étonnées en jambes étonnées,

laissant trainer derrière elle les phrases récemment englouties.

curieuse, comme l’âne de l’herbe d’à côté,

elle posa un œil ici et un œil là,

tâta du nez le hérisson du paillasson,

jeta l’encre du bouquin mal élevé

sur le bord de l’escalier,

et signifia, comme le ferait le charretier parlant à son fumier,

aux éditeurs de livres, repus,

que point n’est besoin d’écrivains

couchant sur l’écritoire des lettres fatiguées.

 

Le Meunhuile

 

Il était une fois, un gros et gras, très gros et très gras meunhuile, dont le métier consistait à presser dans son moulin, les olives collectées par les paysans attenants.

Cet heureux homme, après avoir copieusement déjeuné aimait à s'avachir sous les ombrages d’un voisin.

Un jour, ce dernier vint y accomplir son ouvrage.

Il fit son office, prenant bien soin de ne point réveiller l'endormi.

Son labeur terminé, et tous arbres délivrés de leurs pesant cadeaux, le cueilleur déposa, au pas de la porte du moulineur, les pansus paniers de fruits gorgés de leur substance.

En homme averti, il prit grand soin de placer sous les contenants un large et profond réservoir.

Devoir accompli, il s'assit sous un branchu généreux et veilla à la sécurité de son trésor.

La nuit venue, notre meunhuile se réveilla et à tâtons se hâta vers son labeur abandonné.

N'ayant point vu les paniers devant l’entrée de l’atelier il trébucha sur le premier et se répandit sur sa récolte.

Son poids fit que les olives s'en trouvèrent parfaitement pressées et nulle goutte du précieux jus ne fut perdue grâce à l'habile réceptacle du malicieux.

Celui-ci, prévoyant la bévue, s'approcha du confus, collecta le liquide répandu et, sans payer l’affalé, rejoignit son foyer.

Le menhuile ne put réclamer recette car il n'avait point fait son métier.

Il jura une fois encore qu'on ne l'y reprendrait plus.

 

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to TwitterSubmit to LinkedIn