Rencontre virtuelle récit-page

du vendredi 16 avril 2021

  • Bref historique du concept Récit-page, par Ada Teller, éditrice.

  • Sur la contrainte littéraire : le bref, par Eduardo Berti, écrivain, membre de l'Oulipo.

  • Sur le bref … en bref, par Marie-Françoise Berthu-Courtivron, Université Rennes 2.

Lecture de textes de : Guy Chaty, Marie Julie (depuis La Réunion), Marc Legrand, Nada Moghaizel-Nasr (depuis le Liban), Anne Paulet, Fabrice Schurmans (depuis le Portugal), Miguel Angel Sevilla.

 

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Littératures brèves et

 

le Récit-page

 

Le concept

 

La démarche Récit-page est le prolongement du projet Littératures brèves, mis en ligne en 2013 et dont le nom indiquait la vocation ; une vocation toutefois imprécise puisque imprécis est "le bref" en littérature. À toute tentative de délimitation on reprochera soit d'être trop restrictive et de supprimer ce qu'il fallait garder, soit d'être trop permissive et d'autoriser ce qu'il fallait éliminer. Mais cette question quantitative inextricable, petit caillou dans la chaussure de la démarche Littératures brèves, devait trouver une issue inattendue, et s'avérer à vrai dire sans objet, lorsqu'il est apparu que nos choix se portaient plus volontiers sur des textes capables de faire entendre des résonances intéressantes dans un espace qui ne dépassait pas en général celui de la page. Et si c’était précisément cet attachement à la page qui forçait une poursuite littéraire avec des échos propres ? Des échos différents de ceux qui se diffusent dans la nouvelle et différents aussi de ceux, le plus souvent brisées, de l'écriture ultra minimale qui veut faire rentrer le littéraire dans la seule durée de la ligne ou de quelques mots.

C’est ainsi que, entre les deux, Littératures brèves a introduit le terme et le concept de récit-page qu'il désignait finalement comme son objectif. Un récit, si l'on veut à contrainte, avec ce résultat paradoxal, comme souvent lorsque le littéraire se voit imposer une obligation, d’ouvrir et non pas de clôturer des espaces de création.

Voici donc ce qui justifie la migration d'un site vers un autre. Avec un nom de domaine propre, le récit-page se donne désormais une province dans le plus vaste territoire du bref.

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Choix des textes

et composition du site

 

La plupart de textes figurant sur ce site précèdent la notion de récit-page, mais l'illustrent. Parmi ces textes où l'on peut reconnaître le récit-page, on distinguera :

  • ceux des auteurs qui ont fait du très bref leur projet et une pratique à part entière (parmi les classiques naturellement Fénéon, Ponge, parmi les contemporains Jauffert, Chevllard, Sternberg ... et à l'étranger Shua, Valenzuela ...).

  • ceux qui relèvent d'une pratique occasionnelle du bref (parmi les classiques Kafka, parmi les contemporains Borges).

  • ceux qui résultent de détournements : le récit-page peut se trouver à l'intérieur du récit-long, d'où il peut être extrait en autonomie ; certaines poésies en prose peuvent être interprétées comme des récits-page, ainsi que dans beaucoup de cas, la poésie traduite.

  • ce site est constitué essentiellement de contributions, certaines demandées aux auteurs et d'autres spontanées qui nous arrivent au titre de récit bref, mais aussi, de plus en plus, au titre de récit-page.

  • et enfin, la rubrique Documentation recueille des articles et contient des éléments bibliographiques pour ceux qui s'intéressent aux aspects théoriques du littéraire bref.

 


Moins soucieux de séquence que de fulgurance, et devant composer avec l'absence de trame et d'intrigue, voire même d'anecdote, le récit-page tire ses ressources du langage lui-même et de ses facultés qui combinent le suggéré, le suggestif, l'évocateur, mais aussi le détournement, l'inversion, le paradoxal, sans se confondre toutefois avec les curiosités logiques ni avec les performances purement verbales :
l'ingénieux ne suffit pas au littéraire.

Peu importe le registre, mais s'il se fait poétique, le récit-page n'aime pas l'emphatique ou le déclamatoire ; s'il sourit, il rejette le comique et s'il se fait grave, il ne donne point dans le pathétique ni dans l'effusion sentimentale. Même dans la vérité ou la philosophie, il garde une légèreté. Flottant souvent sur des réalités incertaines, ouvert à la fantaisie, il n'est pas pour autant une province du fantastique.

La page, étendue qu'on l'interprétera avec une certaine souplesse, agit comme la toile qui permet au tableau d'exister et à l'image accomplie de le transcender.

Ni résumé ni raccourci, rien en lui ne demande expansion ou dévéloppement ; car, lorsqu'il est accompli, il exhibe la rondeur d'un petit monde bien achevé, gravitant autour d'une esthétique littéraire propre qui ne tolère aucune économie en matière de qualité et d'effort d'écriture.

 

Une littérature

de la modernité ?

La tendance est à rapprocher l'essor du bref littéraire de la nécessité de vitesse, voire d'urgence propre à la modernité. On le rapproche aussi des technologies de la rapidité de la communication autrement dit du numérique et de la dématérialisation de l'écrit.

Le fait que le bref précède le numérique et le fait qu'il est le plus souvent présenté en recueils ou en blogs, affaiblissent l'explication qui voudrait associer littérature brève, modernité et économie de temps.

Mais c'est surtout du point de vue de l'auteur qu'un tel rapprochement trébuche, dans la mesure où écrire, signifie, dans le sens littéraire du terme, ciseler une expression, patiemment, souvent longuement. Les fausses notes étant probablement plus audibles dans le bref, le travail de polissage pourrait s'avérer même plus important qu'ailleurs.

Le sentiment que nous affirmons ici, est qu'une esthétique littéraire brève ne peut naître d'aucun empressement ni dans le sillage des nouvelles formes appauvries de l'écriture télégraphique, mais d'une réelle maîtrise de la langue associée à des dispositions littéraires. Et sur cet ensemble, l'éditeur, numérique ou pas, exerce un travail non pas de support mais de veille.

 

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